Assis sur un canapé usé à Beyrouth, nous écoutons des leçons très différentes de celles qui sont habituellement célébrées lors de la Journée des enseignants. Beaucoup d’entre elles commencent par l’explosion qui a creusé un trou de la taille d’une cathédrale dans la ville.
Elles commencent par les banques qui ont fermé leurs portes et pris les économies d’une vie à leurs clients. Par des guerres qui ne se terminent pas par la signature de traités.
Les aînés du Liban nous enseignent depuis des fauteuils aux ressorts affaissés. Depuis des cuisines qui ne sentent pas les plats chauds, mais les simples pains plats faits de farine et d’eau. Depuis des chambres où les médicaments sont alignés comme des gardes de palais, veillant sur la vie pour qu’elle ne s’échappe pas trop vite.
Leçon 1 : une personne n’est pas grande parce qu’elle possède beaucoup, mais parce qu’elle partage.
Ils nous offrent du thé et des fruits, même s’ils n’ont pas pris leur petit-déjeuner. Ils nous demandent d’aider les autres, alors qu’eux-mêmes sont au bord du gouffre. Ils partagent ce qu’ils n’ont pas. Et dans cette arithmétique inversée, où zéro multiplié par l’amour égale l’infini, nous, Européens aux réfrigérateurs pleins, réapprenons nos tables de multiplication.
Leçon 2 : la dignité ne réside pas dans un portefeuille, mais dans l’attitude de chacun.
Un appartement peut être inondé, le loyer impayé depuis des mois, la maladie peut ronger le corps comme un couteau. Mais on peut encore se laver les mains, repasser ses vêtements, accueillir un invité avec le sourire.
Leçon 3 : l’espoir n’est pas une émotion, c’est une décision.
On peut cesser de croire. On peut abandonner, fermer la porte, éteindre la lumière. Ne plus laisser entrer personne. Nos aînés choisissent autre chose : ils se lèvent le matin. Ils prennent leurs médicaments. Ils embrassent chaque visiteur comme un ami perdu de vue depuis longtemps. Ils ne gaspillent pas une seule feuille de laitue ou une seule tranche de légume que leur donne Charbel. Ce n’est pas l’espoir comme une grande croyance que demain sera meilleur. C’est l’espoir comme un petit choix quotidien : aujourd’hui, je n’abandonnerai pas encore.
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Adopter une personne âgée est un soutien régulier et symbolique qui permet à quelqu’un à l’autre bout du monde de vivre sans douleur, sans faim, dans la chaleur. Pour garder un toit au-dessus de leur tête. Pour acheter des médicaments. Pour accueillir des invités sans souffrir eux-mêmes de la faim. Pour savoir que quelqu’un se souvient d’eux.
C’est aussi une leçon pour vous. Car les personnes âgées du Liban nous enseignent quelque chose qui ne s’apprend pas uniquement par la théorie : la valeur d’une personne ne se mesure pas à ce que la vie lui a donné, mais à ce qu’elle a réussi à préserver en elle-même lorsque la vie lui a tout pris.
Merci à nos professeurs. Aux personnes qui nous apprennent à vivre quand tout semble perdu. Restez avec nous dans cette salle de classe.