Mauritanie
Plus de 90 % du territoire mauritanien est recouvert par les sables du Sahara. Les sécheresses récurrentes détruisent les ressources naturelles et la production céréalière nationale ne couvre qu’environ un quart des besoins du pays, le reste devant être importé. La faim résulte de la pauvreté et de l’incapacité du pays à nourrir sa propre population. Nouakchott, la capitale, est l’une des villes les plus négligées de la région. Les enfants handicapés restent cachés chez eux, et leurs mères vivent avec un profond sentiment de culpabilité et d’exclusion sociale.
APERÇU :
- L’un des pays les plus pauvres du monde : environ 5,8 % de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour.
- La production céréalière nationale ne couvre qu’environ 24 % des besoins alimentaires (environ 76 % proviennent des importations)
- Environ 25 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique
- 61 % de la population souffre d’insécurité alimentaire modérée ou grave, et environ 12 % est en situation de crise alimentaire (IPC phase 3+)
- Les personnes handicapées sont largement invisibles pour l’État : il n’existe aucun soutien, aucune rééducation ni aucune éducation systématique pour elles
- Les mères d’enfants handicapés sont souvent blâmées et exclues. Elles considèrent souvent le handicap de leur enfant comme un échec personnel ou une punition.
30 enfants
195 enfants handicapés
18.02.2026
« Regarde cette femme. Voilà à quoi ressemble quelqu’un qui a été dépouillé de tout espoir et de toute dignité. »
Nicole et moi traversons en voiture la capitale de la Mauritanie. Une tempête de sable s’est abattue sur Nouakchott. L’air est chargé de sable et de poussière. La ville s’est fondue dans des nuances sépia qui piquent les yeux et serrent la gorge. Le ciel est masqué depuis des jours. La tempête a vidé la vie quotidienne de ses couleurs. Mais pour certaines personnes, la vie a perdu ses couleurs il y a bien longtemps. Non pas à cause du sable ou de la poussière, mais à cause du handicap de leur enfant.
Au Sahara, les femmes s’enveloppent dans une melhfa, un long morceau de tissu qui, lorsqu’il est bien drapé, couvre leurs cheveux et tombe jusqu’à leurs pieds. Elle les protège du soleil, du vent et du sable. La femme assise au bord de la route utilise une main pour rabattre le tissu sur son visage. Derrière ce simple morceau de tissu, elle cache son chagrin et sa peur. Elle s’en sert aussi pour essuyer ses larmes. De son autre bras, elle soutient le corps d’un garçon, qui doit déjà être adolescent. Ses membres tordus, prisonniers de contractures douloureuses, glissent de ses genoux. Ses yeux sont ouverts, mais ils ne voient pas. Tous deux sont assis, immobiles, comme si Michel-Ange lui-même les avait sculptés dans la pierre.
« Lorsqu’un enfant comme celui-ci naît, les mères le cachent généralement au monde. Le handicap est considéré comme une honte, comme une punition, comme quelque chose qui fera l’objet de regards méprisants. Elles aiment leurs enfants, mais c’est un amour empreint de douleur », explique Nicole.
Ces Pietàs vivantes sont les survivantes d’une confrontation avec une réalité qui ne leur a jamais fait de place. En Mauritanie, le handicap reste tabou. Elle est considérée comme une punition pour des péchés passés, une source de honte, une condition qui condamne les personnes à une exclusion à vie. Ils sont assis au bord des routes, et souvent, la seule chose qu’ils demandent, c’est d’être vus.
Nous les voyons ! Et aujourd’hui, ce mercredi des Cendres, au début de ce périple de quarante jours à travers le désert que les chrétiens considèrent comme un temps d’épreuve, de silence et de transformation, nous voulons vous emmener dans un désert différent. Un vrai désert, avec ses rochers escarpés et son sable cinglant. Vers ces personnes dont l’épreuve dure déjà depuis des années, qui ont perdu tout espoir et ne le retrouveront pas sans notre aide. Ici, dans la capitale de la Mauritanie, nous lançons un nouveau projet « Bonne Fabrique » pour soutenir les familles confrontées aux difficultés liées à l’éducation d’un enfant en situation de handicap et pour offrir à ces enfants les soins qu’ils méritent.
« Certaines situations sont si douloureuses que la honte devient le seul moyen d’y survivre. Cette femme n’est pas assise ici avec son enfant simplement pour demander de l’argent. Elle demande que quelqu’un remarque à quel point sa vie est devenue désespérément sans issue », explique Nicole.
Nicole a entendu cet appel à l’aide il y a des années. Femme déterminée et pleine de compassion, elle a fondé le Foyer de l’Enfance à la périphérie de la capitale. C’est le premier et, à ce jour, le seul centre de ce type dans le pays qui vient en aide aux enfants en situation de handicap et à leurs familles. Aujourd’hui, le centre accueille plus de 200 enfants présentant des handicaps très variés. Ils reçoivent des repas nutritifs, font l’objet d’un dépistage de la malnutrition – qui va si souvent de pair avec le handicap –, suivent des séances de kinésithérapie, jouent ensemble et, surtout, sont vus et écoutés. Pendant que leurs enfants sont pris en charge, les mères suivent des cours de couture. Le temps passé ensemble leur donne l’occasion de partager leurs difficultés, de se rendre compte qu’elles ne sont pas seules et de découvrir que le handicap n’est ni la faute de personne ni une punition.
Kadidia fait partie de ces mères. Pendant des années, elle a cru qu’elle était responsable. Sa fille, Aissata, est née avec une paralysie cérébrale. Sa famille reprochait à Kadidia le handicap de sa fille. Lorsqu’elle est arrivée au centre, elle souffrait d’une grave dépression. Ici, jour après jour, elle a ré-appris à vivre. Aujourd’hui, elle sourit. Et elle souhaite raconter son histoire.
Nous avons passé plusieurs jours au Foyer de l’Enfance. Dès le premier jour, nous avons su que nous voulions rester. Nous sommes convaincus qu’avec votre aide, nous pouvons relever les défis les plus urgents du centre. Le premier est la pénurie de médicaments, et nous devons y remédier rapidement. 5 800 €. C’est tout ce qu’il faut pour soulager la souffrance de ces merveilleux enfants et garantir qu’au cours des douze prochains mois, aucun d’entre eux ne soit refoulé sans le traitement dont il a besoin.
Ce que font ici Nicole, les kinésithérapeutes, les infirmières et les soignants revêt une profonde signification. C’est une sorte de chirurgie à cœur ouvert d’un autre genre. Ils soulagent ces parents du poids écrasant de la culpabilité, de la stigmatisation et de l’impuissance. Ensemble, nous construisons en Mauritanie un lieu où le handicap n’est plus une condamnation à perpétuité, mais le début d’un nouveau parcours, que les familles n’ont plus à parcourir seules.